Risma : 100 000 investisseurs marocains en effervescence pour son augmentation de capital


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Mardi 10 Février 2026

L’actualité financière marocaine a été électrisée fin janvier par une opération peu commune sur la Bourse de Casablanca : l’augmentation de capital du groupe hôtelier Risma, qui a déclenché une véritable ruée d’investisseurs. Dans un marché encore en quête de profondeur et d’initiatives inclusives, ce succès retentissant mérite qu’on s’y attarde avec précision et recul.



Entre le 26 et le 30 janvier 2026, la période de souscription réservée au public pour cette levée de fonds a enregistré une participation massive : plus de 100 000 souscripteurs se sont alignés pour s’offrir une part du gâteau financier proposé par Risma.
 

L’opération portait sur l’émission de 1,5 million d’actions, proposées à 300 dirhams par titre pour un montant total de 450 millions de dirhams levés. Mais ce n’est pas le montant qui a fait sensation : c’est l’appétit des investisseurs, largement supérieur à l’offre, qui a surpris même les observateurs les plus aguerris du marché marocain.
 

Au terme de la période de souscription, les demandes ont totalisé plus de 70 millions d’actions, soit l’équivalent de plus de 21 milliards de dirhams sollicités auprès des porteurs. Cela se traduit par un taux de sursouscription d’environ 46,7 fois : pour chaque action disponible, près de 47 demandes ont été enregistrées.
 

Pour remettre ces chiffres en perspective, même dans les places financières régionales robustes, une telle sursouscription dépasse largement ce que l’on observe habituellement. Elle illustre une faim d’investissement rare sur le marché local, portée par une génération marocaine curieuse, connectée et décidée à s’engager financièrement dans l’économie nationale.


Des taux de satisfaction très serrés

Malgré cette demande phénoménale, la réalité de l’allocation des titres est plus nuancée. Avec un taux moyen de satisfaction de seulement 2,14 %, la grande majorité des souscripteurs n’ont obtenu qu’une fraction minime de leurs demandes.
 

Les catégories d’ordres ont effectivement impacté les résultats. Les ordres de type I (généralement des investisseurs qualifiés ou institutionnels) ont vu leur demande satisfaite à hauteur de 1,53 %, tandis que les ordres de type II (souvent plus nombreux) ont obtenu un taux de satisfaction de 10,82 %, soit nettement plus élevé – mais toujours faible dans l’absolu.
 

Cette tension extrême entre offre limitée et demande expansive rappelle un paradoxe que connaissent souvent les marchés émergents : l’enthousiasme collectif se heurte à la rareté d’actions disponibles, produisant des résultats cliniques mais parfois frustrants pour les petits investisseurs.


Un profil de souscripteurs très marocain

L’augmentation de capital a surtout révélé le fort ancrage national de l’épargne, avec une participation écrasante de résidents marocains. Plus de 98 % des souscripteurs sont marocains, et ces mêmes investisseurs détiennent également plus de 94 % des actions attribuées à l’issue de l’opération.
 

On observe également une très large prédominance des personnes physiques, qui représentent plus de 99 % des souscripteurs. Elles ont sollicité plus de 34 millions d’actions, se voyant attribuer près de 954 000 titres au final.
 

Les investisseurs institutionnels, comprenant des OPCVM, des compagnies d’assurance et des acteurs étrangers, ont pour leur part demandé près de 26,9 millions d’actions, pour un peu plus de 409 000 titres attribués.
 

Au‑delà des chiffres bruts, cette vague d’intérêt pour Risma en dit long sur quelque chose de plus profond : une volonté de la jeunesse marocaine et des investisseurs locaux de participer à la création de valeur de l’économie nationale, quitte à faire face à des règles d’allocation rigides.
 

Cette sursouscription spectaculaire constitue une fenêtre sur le désir d’intégration au marché financier, un signe que la bourse de Casablanca peut jouer un rôle plus inclusif dans l’avenir économique du pays. Elle impose toutefois une réflexion sur la liquidité et l’accessibilité du marché, afin que ces engouements collectifs puissent se traduire, à terme, en participation plus structurée et durable pour tous.
 

Dans un Maroc où l’économie cherche à conjuguer inclusion, croissance durable et dynamisme entrepreneurial, l’opération Risma restera un jalon. Une opération qui a secoué le marché, révélé les appétits d’épargne et posé la question essentielle : comment transformer cette énergie citoyenne en une véritable force financière durable ?





Mardi 10 Février 2026
Dans la même rubrique :